Alkeynos d’Amghar – « King Of the Paddock » sculpté par Vicki Keeling

Une très grande partie de mon temps de création de cet été aura été consacrée à celui qui porte désormais le nom d’Alkeynos d’Amghar. C’est donc avec lui que j’ai décidé d’inaugurer les articles « naissance d’un modèle » sur ce blog consacré à la vie de mon atelier et à ma passion pour le modélisme équin . C’est ma façon de partager avec ceux qui le souhaitent, ma façon d’aborder la réalisation d’un modèle. Elle n’est pas LA seule et unique façons de faire, s’en est une parmi tant d’autres dans ce hobby et c’est celle qui me convient pour le moment 🙂
À travers ce blog, j’ai surtout envie de vous inviter un peu plus dans la vie de l’atelier : vous y trouverez aussi des WIP ( « Work in progress » ), projets en cours, quelques billets d’humeur, mes expériences plus ou moins concluantes et mes réflexions autour de notre hobby.
Mais revenons donc au bel Alkeynos…
Une résine d’artiste comme je les aime : un cheval arabe, gigantesque et plein de personnalité !
J’ai reçu ce superbe jeune homme au début du mois de mai et j’ai réussi — enfin ! — à le terminer à la mi-juillet. Il faut dire que la météo n’a franchement pas été de notre côté…
Les chaleurs exceptionnelles qui se sont abattues sur la France m’ont mise, comme beaucoup d’autres customisateurs, au chômage technique*. Impossible d’utiliser correctement le moindre spray de vernis ou de fixatif, les acryliques collaient et séchaient beaucoup trop vite à moins de les noyer dans du blending gel… Bref, les aléas se sont accumulés et sa progression a été beaucoup plus lente que prévu.
Mais c’est aussi ça, la vie de peintre en modélisme équin : parfois, il faut savoir être patiente.
Note : si vous pensez profiter de votre chômage technique-peinture pour faire de la prep et jouer avec l’Apoxie malgré la chaleur… c’est une erreur.
King of the Paddock, alias le futur Alkeynos
Mais revenons à nos moutons. Ou plutôt à notre Alkeynos.
Une très belle — et surtout très grande — résine arabe, en taille Large Traditional, comme je les aime particulièrement. King of the Paddock, de son vrai nom, a été sculpté par la talentueuse Vicki Keeling en 2011 et produit en one mold run.
C’est une sculpture extrêmement dynamique, avec énormément de caractère. On y retrouve tout ce qui fait le style Keeling : de l’élégance, une ligne souple, des crins extravagants, mais aussi un traitement parfois très brut de certaines zones — nous y reviendrons… Quelques fantaisies morphologiques également : coucou les muscles imaginaires sur les épaules, qui n’existent sur absolument aucune planche d’anatomie équine, et les veines un peu aléatoires…
Du Keeling par excellence : souvent presque caricatural, mais bourré de personnalité.
Et gigantesque. Et infernal à manipuler. Et lourd. (À votre avis, qui a réussi à se coller une tendinite au pouce après une session de peinture de trois heures ?). On pratique un hobby dangereux, je vous l’dis !
C’est parti pour la phase de prep !
Ce gros bonhomme est arrivé directement d’Allemagne avec une petite promesse qui avait tout pour me réjouir : « primer et prêt à peindre ».
Quand on connaît le traitement parfois très brut des résines de Vicki Keeling, c’était une excellente nouvelle.
Dans les faits, il restait quand même quelques petites choses à reprendre : des dizaines de bulles sur la queue et les jambes, des fissures sur le nez, quelques coulures d’apprêt… Rien de catastrophique, mais cela m’aura tout de même demandé quelques heures de travail pour qu’il soit réellement prêt à peindre.
J’ai donc commencé par une joyeuse valse entre Green Stuff, Apoxie et mon petit chouchou : le mortier à la poudre de marbre de chez Liquitex (pour se débarrasser des petites bulles, je n’ai encore rien trouvé de mieux.)






Puis ponçage. Ponçage. Encore un peu de ponçage. Suivi de deux bains à l’Ajax pour éliminer les derniers résidus gras du moulage (on se sait jamais, autant etre prudent), puis direction la cabine de l’aérographe pour l’épreuve du primer.


Petite précision : King est tellement grand que même ma cabine aéro était à deux doigts de demander une extension.
La base coat : première phase de mise en couleur
Je lui ai laissé une bonne semaine de séchage après avoir appliqué la couche de primer. Oui, je suis une maniaque légèrement paranoïaque des temps de séchage et je l’assume parfaitement.
Puis retour dans la cabine aéro pour créer sa base coat.
Je ne réalise pas systématiquement mes bases à l’aérographe, mais pour les robes destinées à devenir assez foncées, c’est un gain de temps et de matière première non négligeable. Et surtout, cela évite les traces de pinceau qui peuvent ensuite devenir un véritable cauchemar lorsque viennent s’accumuler les innombrables couches de pastels nécessaires pour construire toutes les nuances de la robe.
tips : Ne vous plantez pas dans la teinte de votre base coat. Il est conseillé de la faire de la teinte la plus claire visible sur votre robe de référence. Surtout si vous travailler aux pastels pour la suite. Il est quasiment impossible de revenir à une teinte plus clair si votre couleur est déjà trop foncée.
Après ça : repos.
Deux petites semaines sur mes étagères. J’aime laisser des temps morts dans la peinture d’un modèle. Ça permet de sortir la tête du guidon, de le regarder à nouveau avec un œil neuf et de repérer les erreurs ou les choses qui nous gênaient sans qu’on les voie vraiment.
Et accessoirement, ça permet d’avancer sur d’autres chevaux pendant ce temps-là. Parce qu’évidemment, il n’y en a jamais qu’un seul en cours à l’atelier…




Construire la robe aux pastels
Puis vient la construction de la robe. Ma préférence va ( et de loin ! ) aux Pan Pastels et aux earth Pigment (qui eux, ont l’immense avantage de ne pas être toxiques, contrairement aux Pan ).
Des dizaines et des dizaines de couches successives de pastels sont nécéssaire pour créer la robe et lui donner la profondeur souhaitée, même avec une base coat aéro. Chaque couche de pastels est fixée l’une après l’autre. Ce qui m’a d’ailleurs permis de constater non sans une certaine douleur l’augmentation absolument délirante du prix du Mr Super Clear.



Et c’est précisément à ce moment-là que la canicule a décidé de participer au projet.
Habituellement, je pulvérise mes vernis dans le garage, où la température est idéale. Mais cette fois, absolument pas. Or, le Mr Super Clear est fantastique, mais il tolère très peu les écarts de température ou d’hygrométrie. Et je n’avais aucune envie de jouer à la roulette russe avec plusieurs dizaines d’heures de travail.
Il m’aura donc finalement fallu plusieurs semaines pour venir à bout de la robe aux pastels et pouvoir enfin attaquer les détails à l’acrylique.



Création des détails à la peinture l’acrylique
C’est la phase qui vient donner la touche de vie ! Mais pas toujours sans galère !
La Keeling-touch (ou mon enfer personnel )
J’ai commencé à poser les bases des blancs avant de m’attaquer aux yeux. Vous vous souvenez quand je parlais du style parfois très brut de Vicki Keeling ?
Nous y voilà.
Les yeux signés Keeling sont exorbités, profonds, entourés de plis parfois assez… fantaisistes. L’œil droit de ce brave King ne s’en sortait finalement pas si mal. Disons qu’il était plutôt correct sur l’échelle Keeling de l’œil cauchemardesque. Mais le gauche…Du grand Keeling.
Normalement, un œil de cheval, c’est gros, rond et même franchement froggy chez certains Arabes. Mais chez Keeling, on peut se retrouver avec ce qui ressemble à une succession de volumes superposés au fond d’une orbite immense : une boule, une autre par-dessus, encore une autre… le tout sans remplir ladite orbite.
Un œil « zombie-lasagnes », en somme.
Je vous arrête tout de suite : je suis amoureuse du travail de Vicki Keeling. J’adorerais avoir ne serait-ce qu’un centième de son talent en sculpture et j’adore ses modèles. J’ai la chance d’en posséder plusieurs dans ma collection personnelle et je ne les échangerais pour rien au monde. D’ailleurs, c’était justement le deal pour King : je l’ai peint pour une collectionneuse en échange d’un autre Keeling présent dans sa collection.
Bref, j’en ai bavé avec ses yeux, notamment pour gommer l’asymétrie entre les deux et le côté terriblement creusé de l’œil gauche. Et merci au passage, je ne remercierais jamais asse Heather Bullach pour ses merveilleux tutoriels accessibles gratuitement et qui m’ont bien aidée à sortir de ce bourbier oculaire.( d’ailleurs, à terme, j’aimerais bien avoir aussi ne serait-ce qu’un dixieme du talent d’Heather ).






Les blancs, les muqueuses, les crins…
Une fois cette épreuve passée, place aux balzanes, à la liste et aux muqueuses.
Les blancs sont construits couche après couche afin d’obtenir quelque chose de naturel et d’éviter l’effet « plus blanc que blanc ». Quelques effets de poils viennent casser les jonctions trop nettes et fondre davantage les marques dans la robe. Le bout du nez, lui, est un mélange de tons roses et beiges pour figurer le ladre.
On n’oublie pas les châtaignes, ni le liseré noir sur les oreilles — sinon, coucou le DQ en show.
Puis je suis passée aux sabots. Je galère toujours autant à trouver les bonnes teintes et je crois que nous avons désormais accepté, eux et moi, que notre relation resterait compliquée.
Du côté des crins, je suis partie sur une base foncée avec un brossage à sec plus clair afin d’apporter du relief et d’éviter l’effet choucroute monochrome. J’ai aussi repeint certaines extrémités des crins pour obtenir quelque chose de plus naturel et mieux fondu dans la robe.




Ensuite, c’est le moment d’appliquer les toutes dernières retouches aux pastels, une couche vernis mat, puis une touche de vernis gloss ( pour la texture ) et un nouveau spray de vernis.( Bien évidement, on attend très patiemment que chaque couche de vernis soit parfaitement sèche avant d’en appliquer une autre !
Jusqu’au bout du socle….
Dernière étape : le socle. Et avec lui, une question qui me poursuit régulièrement :
Comment peut-on sculpter d’aussi beaux chevaux et leur faire des socles aussi… pas fous ? Note : cette interrogation fonctionne également avec les sculptures de Brigitte Eberl.
Je suis partie sur des teintes sable et roche, avec quelques touffes d’herbe dans les creux et un fond uni au niveau des signatures. Au final, l’ensemble paraît beaucoup moins massif et fonctionne plutôt bien avec le cheval.



Un dernier passage au vernis, une petite signature et quelques touches de gloss sur les yeux, les sabots et certaines muqueuses et Alkeynos est enfin pret à aller conquérir le monde !
6 mois plus tard et un million d’étapes plus tard…
Je n’ai pas compté précisément le nombre d’heures passées — alors que, vraiment, je devrais commencer à le faire — mais Alkeynos m’aura demandé environ 60 heures de travail.
Entre la préparation, les multiples couches de pastels, les détails et les innombrables temps de séchage, le break-canicule, Alkeynos d’Amghar aura occupé une bonne partie de mon temps libre cet été. Oui, parce que peindre des poneys, en dessous d’un certain niveau de compétence, ça ne remplit malheureusement pas le frigo… Il faut travailler à côté, ce qui réduit considérablement le temps consacré à la création de ces merveilleuses petites créatures… (La vie est mal faite… )
Mais je suis plutôt contente du résultat. Il reste proche de sa référence, avec les tons chauds et lumineux que je recherchais, et surtout il a conservé cette incroyable personnalité qui m’avait plu dans sa sculpture.
Il aura simplement fallu du temps pour la faire ressortir…
Beaucoup de temps.
